27.12.2006
Polynésie française : Gaston Tong Sang élu président
Tong Sang, maire autonomiste de Bora Bora et proche de l'ancien président et sénateur UMP Gaston Flosse, a été désigné au second tour par l'Assemblée de la Polynésie française par 31 voix, contre 26 à Oscar Temaru. Ce dernier avait été renversé le 13 décembre par un vote de censure après deux ans de pouvoir.
Le résultat du scrutin donne à Tong Sang, un homme de 57 ans d'origine chinoise et issu d'un milieu très modeste, une nette majorité, comme Oscar Temaru lui-même n'en avait jamais disposé auparavant.
Sur le papier tout au moins, le nouveau président est installé dans un fauteuil confortable jusqu'en 2009.
Dans la réalité, l'homme de la rue à Papeete est plus circonspect: sur ces 31 voix, deux viennent en effet d'un parti centriste, le Fetia Api, dirigé par le président de l'assemblée, Philip Schyle, copieusement insulté par une élue du Tavini Huiraatira pour avoir donné sa voix aux autonomistes.
Or ce parti suivait depuis deux ans une ligne de conduite stricte dite du "ni ni" (ni oui, ni non), équivalent à une neutralité bienveillante qui avait justement permis à Oscar Temaru de parvenir à la fonction suprême.
En reprenant leurs deux voix, les autonomistes centristes ont voulu montrer au président déchu qu'il avait franchi les limites de l'acceptable, notamment dans son discours de plus en plus dur envers Paris ces derniers mois et de plus en plus méprisant pour les Français.
Mais ces deux élus centristes peuvent très bien, demain, reprendre leur liberté et retrouver leur credo initial, celui du "ni-ni" - ce qui ne laisserait plus que 29 voix à M. Tong Sang.
Enfin, quatre élus des archipels (Tuamotu et Marquises), fidèles il y a quelques jours encore à Oscar Temaru, ont, pour la énième fois, changé de camp mardi, considérant eux aussi que le dirigeant indépendantiste était allé trop loin dans ses propos.
Or ces quatre élus, surnommés par la presse "le groupe des îliens", ont changé plusieurs fois de camp en deux ans en fonction, jurent-ils, "de l'intérêt de leurs populations".
Là encore, ces quatre voix élues sur des listes autonomistes sauront-elles rester au sein de la plate-forme autonomiste qui a porté au pouvoir Gaston Tong Sang ? Ces élus ont, certes, officiellement juré fidélité, mais leur versatilité, ces deux dernières années, inspire beaucoup de méfiance aux observateurs politiques.
Ce sont ces quatre élus, d'ailleurs, qui ont empêché le retour de Gaston Flosse au profit d'un autre îlien, le maire de Bora Bora, Gaston Tong Sang. C'est dire qu'ils ont pris beaucoup d'importance sur l'échiquier politique et qu'en retour de leur soutien aux autonomistes, ils demandent beaucoup.
Là encore, ces quatre voix paraissent, pour les observateurs, peu solides et sujettes à revirement.
Sur ses 31 voix, 26 seulement peuvent donc être considérées comme totalement acquises au nouveau président. Et encore, dans celles-ci faut-il compter deux voix, celles d'anciens ministres d'Oscar Temaru, Emile Vernaudon et Hiro Tefaarere, qui n'ont jamais fait partie du camp de Gaston Tong Sang, membre du Tahoera'a Huiraatira et affilié à l'UMP) et qui l'ont même très souvent combattu.
De l'avis d'un observateur de la vie politique polynésienne, ce ne sont pas tant les autonomistes profrançais qui ont gagné que le clan indépendantiste d'Oscar Temaru qui a tout fait pour perdre, en radicalisant son discours et ses actes.
"A partir du moment où M. Temaru réaffirmait son hostilité à l'Etat, à la France, aux Français, il sciait la branche sur laquelle il était assis puisque son seul parti indépendantiste, le Tavini Huiraatira, est minoritaire en voix comme en sièges", estime cet observateur.
"L'union sacrée contre Temaru ayant été réalisée, le renversement de celui-ci étant consommé, il reste maintenant à savoir si tous ces autonomistes de sensibilité différente sauront gouverner ensemble, en faisant abstraction du clientélisme et des intérêts personnels des uns et des autres", conclut-il.
Si M. Temaru a expliqué ne pas être surpris par l'issue du vote, "une affaire téléguidée depuis Paris", avec en ligne de mire le président de la République Jacques Chirac, ami personnel de Gaston Flosse, il a appelé la population "au calme".
"Nous allons maintenant nous préparer pour l'élection présidentielle", a-t-il affirmé, appelant les Polynésiens à voter pour la candidate socialiste Ségolène Royal, qu'il a soutenue depuis avril.
M. Temaru a ainsi rappelé que "c'est la gauche qui est à l'origine des accords de Matignon et de Nouméa" en Nouvelle-Calédonie en 1988 et 1998, accords qui doivent mener à un référendum d'autodétermination à Nouméa entre 2014 et 2019. "Nous ne voulons plus de l'Etat UMP colonialiste", a-t-il insisté.
En costume cravate, contrairement à M. Temaru, en traditionnelle chemise à fleurs, M. Tong Sang, a rappelé "l'attachement" de la Polynésie "à la République française". L'élection de M. Tong Sang marque en tout cas la fin du "taui roa" (grand changement) voulu par Temaru après l'ère Flosse, à la tête de la Polynésie de façon presque ininterrompue pendant 20 ans, de 1984 à 2004.
12:20 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


Commentaires
Temaru n'a peut-être pas était très subtil dans cette affaire. Et c'est bien dommage, on se retrouve à la case départ "Flosse".
Ecrit par : Julia | 27.12.2006
A la case Flosse en effet. Mais on peut espérer que ce nouveau président ne sera pas autant clientéliste
Ecrit par : Denis | 27.12.2006
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