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04.06.2009

NOUVELLE ADRESSE

MON SITE SE TROUVE DÉSORMAIS À L'ADRESSE SUIVANTE :

www.nicolascadene.net


(LES ARCHIVES DE "DÉBAT SOCIALISTE" RESTENT CEPENDANT ACCESSIBLES ICI)

Le 7, pour changer l’Europe avec le PSE

PSE.jpgLe titre est clair et franchement partisan. Mais les raisons sont sérieuses. Si je ne suis pas personnellement en position éligible, je continue chaque jour à échanger avec tous ceux que je rencontre un peu partout sur le territoire, en campagne ou en ville, pour convaincre de l’intérêt de voter ce dimanche pour le Parti Socialiste Européen (il ne s’agit pas, rappelons-le, de voter pour un parti national mais pour des députés et un programme européens).

La France, l’Europe et la plupart des pays à travers le monde connaissent une crise à la fois économique, écologique et idéologique. Le capitalisme financier, celui qui fait passer les valeurs financières avant les valeurs humaines, est devenu fou. Comment qualifier autrement un système où les transactions réelles, celles qui concernent les biens et services, ne représentent que 2,7% des transactions monétaires de la planète, un système où la finance de marché a permis à ses acteurs d’accorder 32 dollars de crédit pour un dollar de capital ?

Ce capitalisme financier répond à une logique politique de la droite libérale et corporatiste tel que Nicolas Sarkozy la représente en France. C’est une logique dont on ne veut plus. C’est tout le sens du combat européen, le sens du vote du 7 juin prochain. Soit nous continuons avec l’Europe des marchés, qui détruit, soit nous construisons l’Europe qui protège, l’Europe des peuples.

Près de 70% de la législation nationale est d’origine européenne. C’est un chiffre que l’on pourrait expliquer longuement mais qui signifie bien qu’une part majoritaire de ce qui gère notre vie quotidienne est décidé par le Conseil des ministres européens, par la Commission européenne ou par le Parlement européen. Qu’il s’agisse de l’aménagement de la 2×2 voies à côté de chez nous, des crédits alloués à nos formations professionnelles, aux associations d’insertion, de garantir dans nos assiettes des steaks sans hormone, de plafonner nos communications de téléphones mobiles, de contraindre la production de produits chimiques nocifs, ou encore de la réfection de nos monuments locaux.

Aujourd’hui, les trois institutions communautaires sont à droite. Celle qui ne veut pas d’Europe politique et encore moins d’Europe sociale mais qui veut simplement une Europe du tout marché, où les services de proximité seraient démantelés, les services publics mis en concurrence, les savoirs- faire locaux détruits, les artisans et les TPE/PME abandonnées au profit de subventions massives accordés aux grands groupes qui en plus de polluer et de démolir les tissus sociaux ne sont même pas capables de créer le moindre emploi.

Aujourd’hui, le Parlement européen ne co-décide que de 60% des textes, demain ce sera 90%. Nous votons donc pour des eurodéputés au pouvoir renforcé.

Le 7 juin, nous avons l’occasion, et ce n’est pas rien, de renverser la majorité conservatrice et destructrice de lien social, pour imposer, enfin, une Europe citoyenne. Même avec une majorité d’États membres qui restent à droite, un Parlement renforcé, de gauche, permettra une nouvelle orientation politique puisque si le groupe PSE (le seul en capacité de l’être) devance le groupe PPE, nous pourrons changer le président actuel de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Dans le cas contraire, si tout reste à droite, ce sera la situation d’aujourd’hui, en pire.

N’est-ce pas la Commission actuelle, les ministres et parlementaires européen de droite qui ont imposé ou cherche à imposer le démantèlement de La Poste, la possibilité de travailler jusqu’à 65 heures par semaine, l’ouverture sans règle de notre marché qui conduit à des délocalisations massives, le refus de l’allongement des congés maternité, le refus d’un salaire minimum dans chaque pays européen ?

Et il n’est pas absurde de rappeler que l’Europe pourra alors aussi nous protéger de la droite française. Elle pourra et devra le faire sur le service public, ne plus être l’excuse de la destruction mais, au contraire, le bouclier qui nous protège.

Beaucoup parlent du vote utile. On peut en effet rappeler que le vote pour des listes qui obtiendront moins de 8% dans certaines circonscriptions ne servira à rien puisqu’aucun élu n’en sortira. Mais il n’est pas nécessaire d’aller plus loin.Le Parti Socialiste Européen est le seul parti européen, présent dans l’ensemble des États membres de l’Union européenne, a avoir adopté un programme commun. La droite européenne est quant à elle divisée en 27 programmes différents, de même que les autres formations politiques. Seul le manifesto (programme du PSE) sera directement applicable si les socialistes deviennent majoritaires au Parlement européen.

Avec une Europe à gauche, nous défendrons nos services publics et de proximité avec une directive cadre qui assurera la fin des démantèlements.

Nous mettrons fin à la mise en concurrence des travailleurs, nous instaurerons un salaire minimum européen, ainsi qu’un impôt européen sur les bénéfices des grands groupes, et nous garantirons les droits aux congés, à la protection santé et à la retraite.
Nous permettrons pour les États qui le souhaitent de constituer de grands pôles publics de l’énergie et de l’eau.

Avec une Europe à gauche, au niveau local nous ferons le désenclavement des zones rurales, nous développerons les axes de communications, nous permettrons de protéger les culture locales, si essentielles au lien social. Comment accepter l’uniformisation proposée par la droite ? Celle qui, par exemple, suppose l’élaboration d’un vin rosé en coupant du blanc et du rouge reniant des années de pratiques œnologique différentes ici ou là. Cette droite qui tue les petits exploitants et agriculteurs, sans prendre en compte leur travail sur l’environnement et l’aménagement du territoire, qui ne veut plus de quotas laitiers et laisse quelques grandes firmes agro-alimentaires en position de quasi-monopole, achetant des productions en-dessous du prix du marché ?

Nous renforcerons le budget européen, car qui peut croire qu’avec seulement 1% de la richesse globale du continent, l’Union européenne puisse assurer une vraie solidarité entre régions riches et régions en difficulté ?

L’histoire du “plombier polonais” s’explique simplement parce que la droite européenne (à l’inverse de ce qu’avait fait la gauche avec l’Espagne et le Portugal) a préféré proposer aux nouveaux États entrants de pratiquer le dumping social et fiscal plutôt que de les aider massivement pour rattraper leur retard et harmoniser le niveau de vie au sein de l’Union. Les États-Unis ont un budget fédéral équivalent non pas à 1% mais à plus de 17% de la richesse globale de ses États.
La différence est donc colossale et montre comme nous sommes loin d’une “Europe puissance” (ou des “États-Unis d’Europe“) qui permettrait d’assurer un modèle social progressiste et performant tout en étant respectueux de l’environnement.

En fait, une Europe à gauche, c’est changer les règles du jeu. C’est avoir une ambition commune bien loin de la seule obsession commerciale.

C’est une Europe “humaine”, celle des peuples, celle qui était dans la rue de toutes les capitales pour dire “non” à la guerre en Irak. Celle des ouvriers français de Continental, manifestant côte à côte avec les ouvriers Allemands.

Une Europe à gauche, c’est mettre un terme au tout spéculatif, c’est renforcer les droits des travailleurs et des consommateurs, c’est aussi, très concrètement, mettre un terme aux abus bancaires.

Une Europe à gauche, c’est également une Europe qui refuse la voie de la honte et de la démagogie criminelle. Une Europe lucide qui refuse de se laisser enfermer dans cette politique d’immigration délirante et inefficace qui
aboutit à l’arrestation d’enfant voire de nourrisson, comme cela s’est passé dans certains centres de rétention administrative.

Un homme qui a tout renié, comme M. Besson peut peut-être s’en féliciter, un homme qui n’a jamais eu d’autres souci que de manipuler les peurs et les fantasmes comme M. Sarkozy peut s’en réjouir, mais nous nous devons être le camp du refus.

Le PSE s’y inscrit parfaitement de même qu’il l’est sur les questions liées aux droits sociaux. Mais il est également le “premier proposant” et le mieux à même de changer l’Europe du marché en Europe puissance et citoyenne.

Nicolas Cadène

13.03.2009

Dérives des pratiques policières tolérées par le pouvoir

(À retrouver aussi sur mon nouveau site)

La semaine dernière, à l'issue d'une sortie scolaire à Paris, des collégiens de Cenon (Gironde) qui attendaient leur train de retour à la gare Montparnasse, se sont trouvés au cœur d'une altercation entre une trentaine de CRS et des étudiants qui manifestaient contre le décret Pécresse.

Les circonstances de cette rencontre apparaissent en tous points inacceptables, depuis la violence des forces de l'ordre (des blessures sur les élèves ayant été constatées) jusqu'aux propos de la ministre de l'Intérieur. Sans attendre les conclusions de l’Inspection générale des services, Michèle Alliot-Marie a reporté la faute sur les accompagnateurs puis a estimé qu’il n’y avait "pas [eu] de problème particulier" et que, simplement, "il y aurait eu contact entre une matraque et un estomac"...

Après les descentes et les fouilles dans les collèges au titre de la lutte anti-drogue et les répressions toujours plus musclées des manifestations étudiantes, on peut sérieusement s'inquiéter des dérives des pratiques policières qui semblent tolérées par le pouvoir à l'égard des plus jeunes de nos concitoyens.

Le libre-échange ne permet pas à lui seul le développement

(À retrouver aussi sur mon nouveau site)

libreechange-300x297.jpg

Ces quarante dernières années, le libre-échange a-t-il oui ou non permis le développement des États ? Par développement, entendons celui économique mais aussi social. Retenons comme définition du libre-échange celle classique d’un système de commerce international reposant sur l'absence de barrières douanières et non douanières à la circulation des biens et des services. Au sens de
l'OMC, la notion ne s'étend pas aux mouvements de travailleurs.

Selon ses défenseurs, le libre-échange favorise à long terme le développement économique général et permet d'obtenir une meilleure efficacité en permettant une utilisation optimale des facteurs de production par la spécialisation géographique de chaque pays et région (cela renvoyant à la "théorie de l'avantage comparatif" assez bien expliquée sur Wikipedia). Il s'agirait alors d'un système gagnant-gagnant. Mais sans être révolutionnaire cette vision peut-être considérée comme étant trop optimiste et même assez simpliste, ne prenant pas en considération bien des spécificités et évolutions du marché mondial (ici, on peut renvoyer aux travaux de Thomas Piketty et Paul Krugman). Pour ses détracteurs, le libre-échange provoque des coûts d'ajustement (en terme d'emplois, d'activités, etc.) aux chocs créés par l'ouverture sur le marché extérieur. Il entraîne aussi l'apparition d'une contrainte exogène sur les politiques économiques nationales, qui deviennent plus difficile à mener afin de rechercher à réduire le chômage. Enfin, certaines catégories sociales peuvent être défavorisées par une libéralisation des échanges. Cette vision est trop stricte et n’est pas plus exacte. Ce qui y est décrit n'est pas systématique et oublie les aspects positifs engendrés par le libre-échange. Le mieux reste de faire l’analyse de la pratique du libre-échange pur (tel que défini plus haut) à partir de cas concrets depuis les années 1960 : les États d’Amérique latine et d’Asie du sud-est. Au début des années 1990, les partisans du libre-échange citaient effectivement systématiquement l'exemple du développement des "tigres asiatiques" et du "dragon" sud-coréen, considéré comme la preuve de l'efficacité de l'ouverture des frontières à la mondialisation sans contrainte. Mais à mon sens, cela était plus une explication commode qu'une réalité. À mon sens, Naomi Klein l’explique remarquablement dans son essai La stratégie du choc. À l'occasion de différentes conférences, Joseph Stiglitz également. Alors, rappelons que l'expansion des "tigres" n'était pas due au seul libre-échange, loin de là. La Malaisie, la Corée du Sud, la Thaïlande maintenaient des politiques très protectionnistes qui interdisaient aux étrangers d'acheter des entreprises nationales et de posséder des terres. L’État jouait effectivement un rôle prépondérant dans ces pays et les secteurs clés comme les transports ou l'énergie demeuraient à 100% publics. Pour bâtir et consolider leurs propres marchés intérieurs, les "tigres" avaient également fait obstacle à de nombreuses importations en provenance du Japon, de l'Amérique du Nord et de l'Europe. Ce n'était donc pas des économies du "libre-échange" mais plutôt des économies mixtes, dirigées, pour le moins assez éloigné du "consensus de Washington". Au milieu des années 1990, nous pouvons dire aujourd’hui sans être contredit que c’est sous la pression du FMI et de la toute nouvelle OMC que les gouvernements asiatiques acceptèrent d'ouvrir leurs secteurs financiers. Pour autant, ils préservèrent les lois qui mettaient leurs entreprises à l'abri des prises de contrôle étrangères et résistèrent aux pressions en faveur des privatisations. Cependant, l'ouverture de leurs secteurs financiers engendra un déluge d'échanges de devises et d'investissements dans des effets de commerce. Pour beaucoup d’économistes actuels, les investissements spéculatifs légalisés essentiellement sous pression occidentale sont à l'origine de la panique boursière qui engendra crise asiatique de 1997.

Aujourd'hui, on sait que les organismes internationaux porteurs des valeurs et des dogmes occidentaux du plus strict libre échange on profité de cette crise pour éliminer les barrières commerciales qui protégeaient encore ces marchés asiatiques.

La crise de 1997 menaçait de vider la région de ses devises étrangères et donc menaçait de fermetures de nombreuses sociétés asiatiques qui n'avaient guère d'autres choix que de se vendre à des sociétés étrangères.

Le FMI entama tardivement des négociations (a-t-il laissé délibérément la situation se détériorer ?) avec les gouvernements asiatiques en difficulté. Seule la Malaisie, en raison de son endettement relativement limité resta en-dehors de ces négociations (et aujourd'hui encore s'en sort plutôt bien). Les autres, en contrepartie de considérables prêts du FMI acceptèrent de toutes aussi importantes compressions budgétaires dans le public, et acceptèrent de se débarrasser de toutes les protections touchant le commerce et l'investissement. Les États acceptaient de revenir à leurs fonctions purement régaliennes. Dans le même temps, les pouvoirs syndicaux s'affaiblirent considérablement et les États mirent fin à bien des acquis sociaux, généralement par la voie de d'urgence, sans débats parlementaires préalables et contre l'opinion publique.

Pour l'anecdote, notons que l'ancien ministre d'Augusto Pinochet, José Piñera, alors au Cato Institute de Washington (think-tank "libertarien") déclara à l'occasion de la crise asiatique : "La chute des tigres n'est rien de moins que la chute d'un deuxième mur de Berlin, la mort de l'idée selon laquelle il existe une 'troisième voie' entre le capitalisme libéral et l'étatisme socialiste"...

En fait, nous savons désormais que l’ampleur des réformes demandées par le FMI à des économies jugées saines jusqu’alors (et qui l’étaient) firent croire que la situation était réellement catastrophique aux investisseurs, et ceux-ci amplifièrent le mouvement de retrait, au lieu de revenir dans la zone.

Aujourd’hui, la plupart des responsables de ces pressions eux-mêmes admettent au minimum l’inefficacité des vagues de privatisations. On imagine que pour les populations touchées par la destruction des services publics et le délitement concomitant des structures sociales, l'inefficacité de ces systèmes mis en place de manière expéditive est une douloureuse ironie de l'histoire...

Jeffrey Sachs déclara : "Au lieu d’éteindre les flammes, le FMI a crié 'Au feu !' en plein théâtre". L’audit du Bureau indépendant d’évaluation du FMI (paru qu'en 2003) jugea les demandes du Fonds "mal avisées, exagérées et ne touchant pas au cœur du problème".

Dès 2008, les pays asiatiques ont été très durement touchés par la crise. La Corée du Sud a un des taux d'endettement des ménages les plus élevés au monde. Concernant le continent sud-américain, nous connaissons la complexité de sa relation avec les États-Unis. Dans certains États, on peut penser qu’ils y pratiquèrent un "néo-colonialisme" comme le fit la France en Afrique par exemple. La plupart des Argentins affirment que le FMI participa à un affaiblissement très net de la puissance publique. Il est effectivement difficile de contester l’action dérégulatrice de l’organisation mondiale dans des États surendettés suite à des années de dictature (dettes qui n'ont jamais été annulées et qui avaient même été aggravées par l'augmentation en flèche des taux d'intérêt de la Fed). Aujourd'hui, la très large majorité des États sud-américains sont réticents (voire carrément hostiles) vis-à-vis du FMI, y compris les principales puissances régionales (même celles de tendance réformiste) : Brésil, Argentine, Venezuela. Là encore, leur développement (essentiellement celui du Brésil et de l'Argentine) est loin d'être du à un libre-échange absolu. On peut même considérer que la revalorisation du rôle de la puissance publique et la meilleure marche démocratique a été le meilleur outil d'un retour au développement. Dans les années 1950, les économies du Chili, de l'Argentine, de l'Uruguay et de certaines régions du Brésil étaient qualifiées de "développementalistes". C'est à dire qu'elles étaient réformistes, pragmatiques et réfléchies. Assez proche du keynésianisme, adapté à la spécificité locale. Au lieu de miser sur l'exportation de leurs ressources naturelles (dont les prix étaient d'ailleurs à la baisse) vers l'Amérique du Nord et l'Europe, elles appliquaient une stratégie d'industrialisation à l'intérieur de leurs frontières. Ces États préconisaient la réglementation voire parfois la nationalisation, du pétrole, des ressources minières et d'autres secteurs clés comme moyens d'affecter un pourcentage plus élevé des profits à des programmes de développement gouvernementaux. À cette époque se développèrent de puissants syndicats qui négocièrent des salaires intéressants. L'Argentine possédait la plus importante classe moyenne du continent, l'Uruguay avait un taux d'alphabétisation de 95% et offrait des soins de santé gratuits à l'ensemble de la population. Mais ce système restait assez fermé aux grandes multinationales occidentales et les droits sociaux y étaient relativement importants. Dès lors et à partir des années 1960, la politique étrangère américaine changea et adopta une hostilité très nette à l'égard du "développementalisme". On connaît l'interventionnisme américain qui a suivi, ainsi que la prise de pouvoir de Augusto Pinochet au Chili qui adopta les mesures économiques de Milton Friedman (avec "l’école de Chicago" et les "Chicago boys"), l'arrivée d'autres dictatures ailleurs, etc. Depuis quelques années, le Brésil et l'Argentine refusent d'ouvrir davantage leurs marchés aux producteurs du Nord sans que ces derniers adoptent la même ligne de conduite. Face au modèle nord-américain de libre-échange (ALENA), les pays du Sud s'efforcent donc de consolider les marchés régionaux (Cône sud et marché andin) ou encore opposent avec "l'alternative bolivarienne pour les Amériques" (ALBA) de Hugo Chavez (dont la pratique du pouvoir est par ailleurs sujette à de nombreuses controverses) une manière différente de concevoir l'intégration. Cette manière de faire retient particulièrement l'attention dans la mesure où elle prétend s'appuyer sur une approche coopérative qui vise à réduire les inégalités entre les pays (exemple en 2006 du Venezuela qui profita pleinement de ce rapport "coopératif" en échangeant 90 000 barils de pétrole par jour contre l'expertise de plus de 20 000 médecins et enseignants cubains). Au final, à partir de ces cas concrets et de nos expériences occidentales, on peut considérer que si le libre-échange serait évident dans un monde unifié et égalitaire, il se doit d'être régulé dans le cas contraire (le nôtre). L’analyse de Paul Krugman sur l'avantage comparatif confirme ce point de vue. On pourrait même aller plus loin et rejoindre les travaux du "prix Nobel" français Maurice Allais. Il souligne que les conditions de ce qu'il appelle le "rendement social maximum" sont souvent loin d'être appliquées. Les coûts sociaux et environnementaux de la transition peuvent être considérables et ne sont pas pris en compte dans les prix de vente. Si l'on ajoute des taux de change qui résultent davantage de décisions politiques (dans le cas de la Chine par exemple, comme j'avais pu l'écrire dans un article récemment) ou de mouvements financiers, les prix de vente à l'étranger ne reflètent pas les coûts de production et les avantages comparatifs n'ont plus guère de fondement objectif. Au final, pour Maurice Allais, la loi des coûts comparatifs (qu'il appelle loi des coûts comparés) ne vaut que lorsque les conditions de rémunération des travailleurs sont similaires (taux de salaire, protection sociale, fiscalité, conditions de travail, etc.), permettant alors une spécialisation mutuellement profitable. Comme on en est loin, il préconise la mise en place d'unions régionales - par exemple l'Union européenne - au sein desquelles ces conditions seraient peu ou prou respectées, au moins en dynamique, chaque ensemble pratiquant ensuite un protectionnisme correctif vis-à-vis des autres ensembles, en fonction de l'écart constaté dans les conditions salariales. Joseph Stiglitz, s'il ne prône pas de telles protections raisonnées, admet clairement que le libre-échange actuel a des effets majoritairement néfastes sur les pays du Sud. Il a pu constater que la libéralisation du commerce extérieur (et la privatisation des entreprises publiques estimées insuffisamment efficaces) promue par la Banque mondiale (et le FMI, dans le cadre du "consensus de Washington", comme le montrent les exemples ci-dessus) a contribué fortement à la dégradation de la situation des groupes sociaux les plus fragiles. "La mondialisation, ça ne marche pas", conclut Stiglitz. Sans récuser le principe de l'ouverture des frontières, il préconise des politiques bien plus prudentes et bien moins libérales. Dans un article de 2007 paru dans le mensuel Alternatives Économiques, on nous rappelle que, dans un tout autre domaine - l'agriculture - mais que l'on se doit d'évoquer (surtout après la crise alimentaire de l'an dernier), Marcel Mazoyer (un agroéconomiste français) a montré que l'échange international en matière agricole, en amenant à sacrifier certaines fractions de l'agriculture nationale, était générateur d'effets externes qui pouvaient être lourdement négatifs : destruction d'emplois, ensauvagement de larges portions du territoire, pollutions chimiques... Cela vaut surtout pour les pays du Sud, dans lesquels l'agriculture, malgré sa faible productivité, a le triple mérite de fournir de nombreux emplois (certes très mal rémunérés, mais permettant au moins de vivre de son travail), de réduire la ponction en devises (donc d'améliorer la capacité de ces pays à importer des biens d'équipement) et de maintenir des modes de production conformes à la durabilité. Autant d'apports qui justifieraient selon lui que les agricultures paysannes traditionnelles soient protégées des agricultures productivistes du Nord, qui les mettent à mal

Nicolas Cadène

Contre Hadopi

(À retrouver aussi sur mon nouveau site)

HADOPI - Le Net en France : black-out

13.02.2009

Entretien « Le pouvoir ne fait rien face à la précarité »


Article paru dans le Midi Libre du 13 février 2009

-1.jpeg Rappel
Nicolas Cadène, 27 ans, militant PS, brigue l'investiture aux élections européennes (www.nicolascadene.net).

Comment pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je suis Nîmois, j'ai commencé mon engagement en tant que militant à travers différentes actions sociales (Samu social, Croix-Rouge, Amnesty international). J'ai eu beaucoup d'activités associatives qui m'ont conduit naturellement à la politique. J'ai adhéré au MJS (jeunes socialistes) et au PS en 2002. J'ai suivi un cursus de droit et d'études européennes. Je suis secrétaire fédéral du Gard, collaborateur de Jean-Louis Bianco et proche de Ségolène Royal et Vincent Peillon, avec qui je travaille au niveau national. J'ai un pied à Nîmes et l'autre à Paris.

Vous comptez décrocher l'investiture PS (Sud-Ouest), quel est l'enjeu de ce scrutin ?
L'objectif est de faire basculer à gauche la majorité du Parlement européen et de la Commission européenne.

Quelles sont les conséquences de la politique libérale ?
Elle a favorisé la crise et s'obstine à ne pas changer de système, celui de l'argent fou qui amène à des milliers de licenciements. Derrière les chiffres, ce sont des gens qui n'arrivent plus à se nourrir, à vivre dans un logement décent. Ce qui conduit à des situations dramatiques. Cela est scandaleux : le pouvoir ne fait rien face à une précarité qui ne cesse de s'aggraver.
Au niveau européen, le Parlement doit lutter contre les dérives sécuritaires (fichages abusifs, rétentions trop nombreuses, systématisation des gardes à vue). Je suis révolté par les atteintes récurrentes à nos libertés. Si je suis élu député européen, ce sera un de mes premiers combats.

Comment pouvez-vous agir au Parlement ?
L'économie n'est plus au service des citoyens, c'est l'inverse. L'Europe doit imposer et pousser les collectivités au respect par les entreprises des normes sociales et environnementales. Il faut soutenir les PME bien plus créatrices d'emplois que les grands groupes. Face à ce constat, mes pensées se tournent vers le textile cévenol laissé à l'abandon, alors même que la puissance publique recapitalise les banques et subventionne à coups de millions d'euros les multinationales. En plus d'être inefficace, c'est profondément choquant.

Propos recueillis par Hocine ROUAGDIA

12.02.2009

Site de candidature à l'investiture PS aux Européennes

www.nicolascadene.net

07.02.2009

Candidature à l'investiture PS aux Européennes

Cher(e)s camarades, cher(e)s ami(e)s,

P1010426.JPGAu-delà des traités, au-delà des caricatures, l'Europe est une réalité que les politiques français ont trop souvent ignorée ou méprisée. Nous ne devons pas laisser le formidable espoir qu'elle représente, les avancées réelles qu'elle rend possible à une droite corporatiste. Nous devons être, là bas, en première ligne. Nous devons faire cesser la trahison de l'idéal européen et rendre l'Union à ses citoyens.

La crise financière n'épargne évidemment pas une Europe qui s'est trop souvent pliée aux diktats du 'tout marché'. Nous la subissons de plein fouet. À travers le continent, des dirigeants politiques irresponsables se sont trop souvent mis au service du libéralisme le plus primaire. Aujourd'hui l'Europe peut et doit changer cela. Seule une majorité socialiste (PSE) et progressiste au Parlement européen permettra de renverser l'actuelle Commission européenne et d'en changer l'orientation politique.

La crise n'est pas seulement financière, elle est aussi sociale, environnementale et idéologique. Pour y faire face, il nous faut créer une Europe politique pleinement démocratique et proche de ses citoyens. Une Europe protectrice, émancipatrice et innovante.
Le 21ème siècle doit être celui d'un monde multipolaire, plus respectueux de notre environnement et des droits sociaux. Et c'est d'abord à l'échelle européenne que nous pouvons y œuvrer.

Motivé par une volonté forte et par la conviction que ce que l'Europe doit faire, l'Europe peut le faire, j'ai posé ma candidature à l'investiture du Parti Socialiste pour les élections européennes de juin prochain (Sud Ouest). Une démarche décidée collectivement avec les militants et faisant suite à l'appel de notre Première Secrétaire, Martine Aubry, pour des candidatures fondées sur le renouvellement, les compétences et le non-cumul. Depuis le départ, c'est également la ligne de Ségolène Royal.

J'appartiens à une génération (27 ans) très largement européanisée et au fait d'évolutions techniques et technologiques qui ont changé le monde et que l'on se doit de mieux appréhender. Mon parcours s'inscrit à la fois dans le local, dans le national et dans l'européen depuis mes études jusqu'à mes responsabilités actuelles, en passant par mes engagements associatifs très divers mais toujours d'ordre humanitaire, social et européen.

En France, nous avons trop souvent utilisé le mandat européen comme un strapontin pour des politiques souhaitant revenir à de hautes fonctions nationales, ou comme un placard doré pour élus en disgrâce. Pourtant le mandat européen, le seul à ce jour issu du suffrage populaire au sein des institutions communautaires, est essentiel pour la défense de nos droits sociaux mais aussi pour la construction d'un modèle alternatif.

Comme celles d'autres camarades investis dans la construction européenne et n'étant investi d'aucun mandat, ma candidature fait le choix du "sang neuf" et de l'investissement total au service d'une mission fondamentale : l'idéal européen.

J'espère qu'elle saura retenir votre attention, et surtout, recueillir tout votre soutien.
Amitiés socialistes,

Nicolas Cadène

26.01.2009

Le protectionnisme monétaire et ses dangers bien plus réels que ceux du protectionnisme douanier

yuan_dollar2.jpgBarack Obama a demandé à la Chine d'arrêter de manipuler sa monnaie, le yuan. Cette demande est justifiée mais risquée. Revenons sur son origine.

Les marchés étaient bien trop habitués à voir le yuan s'apprécier face au dollar. Depuis trois ans en effet, la monnaie chinoise n'avait cessé de remonter contre le billet vert, affichant une réévaluation de 16%.
Aussi, lorsque, du 27 novembre au 5 décembre, le yuan s'est déprécié face au dollar, la consternation fut totale sur le marché des changes.

Nous savons que la parité du yuan est arbitrairement déterminée à partir d'un panier de plusieurs devises, dont la principale est le dollar. Dernièrement, la devise américaine a largement profité de son statut de monnaie de référence : elle redevient un refuge face à la crise. De manière parfaitement mécanique, le dollar s'est évalué par rapport à la plupart des autres devises, dont le yuan.

Les Américains n'ayant plus assez d'argent pour consommer et les Chinois n'ayant plus assez d'acheteurs pour vendre leur production, il est clair que le yuan est dévalué par rapport au dollar pour doper le commerce extérieur chinois. Cela affaiblit donc la balance commerciale américaine.

...Et tout cela n'est que la conséquence d'un commerce mondial qui se contracte.

Aujourd'hui, alors qu'il est toujours de bon ton de critiquer vertement le protectionnisme (douanier) même lorsqu'il est vu dans une approche pragmatique, modéré, adapté et ciblé à certains produits venant de certains États ne respectant pas certaines règles, on oublie les dangers bien plus réels du protectionnisme monétaire.

Les dévaluations monétaires constituent en effet une des principales distorsions. L'effet des fluctuations des grandes monnaies est considérable et peut très clairement amoindrir l'effet des plans de relance, surtout lorsqu'il s'agit d'aides directes à des intérêts particuliers (comme c'est le cas pour la France...) et non d'une action globale sur la demande.

Comme le rappelle Antoine Brunet dans Le Monde, le coût du travail est 80 fois moins élevé en Chine qu'en Europe, contre 30 fois pour l'Inde, alors que leur situation est comparable, ce qui donne une idée du rôle du taux de change.

Aujourd'hui, l'OMC n'a pas les moyens de sanctionner les manipulations de change. Si l'OMC interdit et punit le protectionnisme douanier, elle ne peut rien faire contre le protectionnisme monétaire. Et depuis la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971, le FMI n'a plus son mot à dire sur le régime et les manipulations de change de certains pays.
C'est pourquoi l'administration Obama, touchée par la dévaluation du yuan, a décidé de réagir.

Mais, cette réaction, bien que parfaitement compréhensible, comporte de sérieux risques. Le premier est d'affaiblir un peu plus encore une économie chinoise dont le ralentissement semble prendre des proportions inquiétantes. Le PIB n'a progressé que de 6,8%, sur un an, au quatrième trimestre 2008, ce qui, à l'échelle de la Chine, prend presque des allures de récession, avec la menace d'une explosion sociale dans le pays.
Or, la banque centrale de Chine est devenue depuis l'automne, devant le Japon, le premier détenteur de bons du Trésor américains, avec un stock aujourd'hui supérieur à 700 milliards de dollars (545 milliards d'euros). A force de trop les irriter sur les taux de change, les Chinois pourraient finir par riposter en décidant de boycotter les prochaines adjudications du Trésor américain. Il s'ensuivrait une envolée des taux d'intérêt à long terme américain, dont l'effet serait d'aggraver la récession aux Etats-Unis.

Comme le rappelle Le Monde d'hier, ce n'est pas seulement un conflit monétaire bilatéral sino-américain qu'il faut redouter, mais bien une guerre des changes mondiale.
La banque centrale russe (BCR) a annoncé jeudi une dévaluation de 10% du rouble qui a déjà perdu près du quart de sa valeur en deux mois. Elle a promis qu'il s'agirait de l'ultime réajustement...
La livre sterling, enfin, est tombée vendredi à son plus bas niveau depuis vingt-quatre ans face au dollar, touchant 1,3503 dollar, après l'annonce d'une contraction de 1,5 % du PIB au quatrième trimestre. Sans doute l'affaiblissement de la livre est-il de nature à stimuler les exportations britanniques, et donc, dans cette mesure, constitue-t-il plutôt une bonne nouvelle pour le gouvernement de Gordon Brown, qui en manque cruellement en ce moment. Mais le risque existe d'une perte de contrôle totale de la situation et d'un effondrement du sterling, qui poserait des problèmes de financement de la dette publique difficiles à surmonter.

 

Nicolas Cadène