24.04.2008
Le lent déclin démocratique de l'Occident
Sommes nous de la génération qui vivra le plus intensément le long mouvement vers « l'après-démocratie » du monde occidental ? Sommes nous de ceux qui auront moins de droits pour plus de devoirs et moins de liberté pour plus de sûreté (hypothétique) ?
Comment, en quelques années, sommes-nous passés de l'abolition de la peine de mort, de l'écriture de la charte des droits fondamentaux, de l'instauration de la Cour pénale internationaleà cette nouvelle dynamique qui va de la loi sur la rétention de sûretéau fichage numériqueen passant par la privatisation du vivantpar et pour des intérêts strictement privés ? Que s'est-il passé pour que la torture redevienne acceptable, que le camp de Guantanamopuisse exister, que des policiers français entrent dans des écolespour emmener des enfants ?
Si le monde occidental n'a jamais été exemplaire il se fondait néanmoins sur de solides bases démocratiques dans son ère géographique et le mouvement a toujours semblé être celui de l'émancipation et du progrès. Pourtant, aujourd’hui, force est de constater que nos fameuses certitudes démocratiques et morales ont tendance à très nettement s'effriter. Et ce, non pas parce qu’elles n’auraient plus de validité, mais par un mouvement plus pernicieux qui tend simplement à les rendre obsolètes.
Il n’y a pas si longtemps, les voix d'intellectuels nous servaient souvent de rappels à une certaine morale et éthique. Nous connaissions un débat clair, conservateurs contre progressistes, qui malgré les erreurs d'engagements des uns ou des autres a su nous accompagner sur le chemin d'un progrès démocratique. Aujourd'hui, ces voix sont d'un effrayant consensualisme et parfois même apportent leur soutien aux idées les plus réactionnaires. Plus aucune ne vient les contrebalancer dans le grand concert médiatique. Les penseurs radotent souvent mais aucun de nos médias ne souhaite nous proposer de vrais débats, nous soumettre les vrais enjeux, nous laisser entendre de nouvelles voix.
Ce qui va suivre ne prétend pas relire le monde d’une manière simpliste mais simplement s’attarder sur une situation présente par le biais du prisme démocratique. Sans pouvoir traiter de toutes les causes et en en énonçant quelques-unes, il s'agit de dire ce qui apparaît comme un inquiétant recul.
Il existe un lien étroit entre l'économie, le social et la démocratie. L'économie est aujourd’hui mondiale et anarchique. Pourtant la régulation, contrairement à ce que l'on nous a vendu, n’est pas le contrôle obscène d’États qui se mêlent de ce qui ne les regardent pas, mais simplement l’intervention démocratique des citoyens pour poser des règles. Les peuples le perçoivent car ils en sont les premières victimes. La démocratie régresse alors que la mondialisation dérégulée impose actuellement des mesures allant à l’inverse du progrès social, de l’enrichissement du peuple, de la réduction des inégalités sociales, de la diversité culturelle, de la paix sociale et de la bonne répartition des richesses. La dérégulation n'impose rien de moins que le contrôle de la situation, non par les citoyens, mais par les pouvoirs économiques. Les États se mettant le plus souvent au service de leurs « champions ».
L’«ultra-libéralisme» ne répond plus aux règles libérales originelles mais correspond de facto de plus en plus à la privatisation et à l'appropriation de tout par quelques-uns. Cela implique le risque que chaque marché catégoriel soit dominé par un seul fournisseur ou producteur qui dès lors, contrôle le prix de vente du bien ou du service. Aussi, on assiste de plus en plus souvent à des situations d’ententes très basiques de quelques acteurs désireux de contrôler un marché (téléphonie, ascenseurs, informatique, FAI, etc.). Le citoyen n'a alors plus aucune marge de manoeuvre et sa liberté de choix de vie s'en trouve in fine menacée. Cela est encore plus inquiétant dès lors que l'on touche au vivant, ce qui est de plus en plus fréquent : ainsi une entreprise comme Monsantoqui possède près de 90% des OGM cultivés dans le monde, tend à contrôler la production alimentaireinternationale et en partie celle énergétique.
Dans le monde global d'aujourd'hui, les politiques et l'État se désengagent peu à peu, ne permettant plus un marché au service des citoyens mais plutôt exactement l'inverse. Bien loin de certains objectifs louables de la « Stratégie de Lisbonne», nos États n'ont pas su (ou pas voulu) préparer la transition vers une « société et une économie fondées sur la connaissance ». Cet échec, couplé à la concurrence sauvage entre pays développés pour attirer les entreprises tentés par les pays émergents, contribue à la précarisation des emplois : conditions de travail de plus en plus dures, multiplication des contrats à durée déterminée, des stages faiblement rémunérés et de l'intérim, hausses successives de la durée du temps de travail. La hausse très nette du coût de la vie et l’inflationsont, elles, difficilement contrôlables. Depuis plusieurs années, les populations ressentent de plus en plus la baisse de leurs niveau et qualité de vie, ce qui explique dans le monde occidental les importantes migrations internes ou externes, mais aussi les manifestations de plus en plus courantes de salariés du privé, ce qui, il y a peu, était tout à fait inconcevable. Si la hausse du niveau de vie ne signifie pas toujours démocratisation, sa baisse est toujours accompagnée de celle de la démocratie. Ainsi, pour maintenir en l'état une certaine docilité de la population, l'étau de surveillance et de répression se referme sur lui. Plutôt que de s’attaquer aux causes connues, les dirigeants, soucieux de ne pas s’empêtrer dans des problèmes avec leurs choix politiques à très courts termes, ne font qu'aller dans le sens d'un système qui pourtant s’effondre. La répression des manifestationslors des sommets mondiauxou leur interdiction sont d’inquiétant révélateurs : le peuple n’a plus son mot à dire.
Si Internet permet à de nombreux citoyens de manifester leur opposition au système actuel à travers de nouveaux médias et à organiser une nouvelle solidarité, notre situation économique et l'absence de contrôle étatique favorisent les concentrations du côté des médias traditionnels. Seuls quelques groupes privés dirigent aujourd’hui l’ensemble des médiasécrits et audiovisuels et ce dans l’ensemble du monde occidental. Dans presque tous ces médias une chose est frappante : tout le monde pense à peu près pareil. La concurrence est faible. En ce qui concerne l’idéologie véhiculée par les plus importants, on note une mise en avant du profit rapide ou facile. On constate des diffusions de programmes télévisées jouant facilement des défauts humains de n’importe quel téléspectateur guère conscient, après une grosse journée de travail, de ce qu’il regarde. Des programmes clairement démagogiques, voyeuristes et parfois violents et malsains. Leurs succès sont incontestables et entraînent là encore une perte des idées civiques les plus basiques. Ajoutons à cela quelques programmes de propagande allant invariablement dans le sens « commun » libéral1, le tout dans le cadre d’une sphère médiatique aujourd’hui plus que jamais omniprésente, et nous voilà dans une démocratie plutôt biaisée.
Voilà pourquoi le retour du politique, du véritable dialogue social et du contrôle étatique -qui ne signifie pas immixtion systématique- sont essentiels. Ils doivent apporter des règles de comportements et des limites au pouvoir financier. Après tout, le contrôle des pouvoirs n’est-il pas la base même de la démocratie ? Pourquoi le pouvoir financier dont les intérêts n’ont aucun besoin d’être compatibles avec ceux des peuples devrait être le seul à vivre sans contrôle ?
C'est devenu un pouvoir si fort que nous en sommes arriver à un point où le peuple n'a plus le droit de lui dire « non » même lorsqu'il s'est avéré irresponsable et a conduit des millions de citoyens à la « faillite ». Ces financiers, après voir milité activement contre l'intervention étatique, ne se dérangent pas le moins du monde pour exiger que l'État (le contribuable) renfloue les caisses que sa bêtise a vidé(crise des subprimes). Comment pouvons-nous accepter que nos autorités publiques acceptent de débourser plusieurs dizaines de milliards d'eurossans contre-partie réelle pour des banques dont les méthodes sont plus que douteuses, mais refusent de verser un dixième de cette somme pour sauver des millions de vies humainesvictimes de la famine dont nous sommes, nous occidentaux, au moins indirectement responsables ?
Certes, le marché étant mondial et l’économie globale, un État et sa politique ne peuvent raisonnablement imposer des règles ayant de véritables répercussions. Mais l’Union européenne, première puissance économique véritablement stable2(du moins, jusqu'à peu) est en revanche bien assez conséquente sur le commerce mondial et pourrait, en s’affirmant en tant que force supranationale, commander de nouvelles règles internationales plus équitables et mieux adaptées, et donc pérenniser et encourager la démocratie.
Je me souviens avoir très naïvement lancé cet appel (comme beaucoup d'autres) à travers un mémoire il y a quatre ans. Aujourd'hui nous pouvons constater que, bien loin d'une Europe porteuse d'espérance et d'alternatives, les nationalismes ont repris une vraie vigueur et les politiques encore un tantinet actifs ont « démissionné », laissant l'Union européenne à l'abandon et sans pouvoir, de peur de ne pas intéresser leurs concitoyens et ainsi d'hypothéquer leurs carrières nationales personnelles.
En disant cela, je ne veux épargner personne, pas même bien des personnalités de la formation politique dont je suis issu et que je soutiens toujours. La responsabilité est générale. Si je suis profondément attaché au réformisme européen, au pragmatisme et au dialogue social et ne veut pas d'un « tout État », je suis persuadé que cette pensée -que certains définissent comme étant « social-démocrate » ou d'une « gauche moderne »- doit rester extrêmement ferme sur les principes et les valeurs qui ne sont pas ou ne devraient pas être négociables. Comment accepter le silence face ne serait-ce qu'aux exemples que j'ai cité dans mon propos introductif ? Il y a de nombreux autres exemples révélateurs de renoncements ou de dérives qui n'ont pas été empêchés. Il en est ainsi du fichage des personnesqui constitue une base de données tentaculaireet insensée, concernant ceux qui ont pu porté plainte, des coupables, des innocentés, et parfois même des témoins. Il en est de même des fichiers ADNqui, au départ, ne devaient concerner que les délinquants sexuels. Ou encore du renoncement européen (de la responsabilité des États membres) face aux diktats américains sur le biométrique et les exigences démentielles sur le renseignement des voyageurs à destination ou revenant de l'Amérique du Nord.
Si, à l'exception des vrais « libéraux » (en faveur d'une véritable ouverture des frontières tant pour les marchandises que pour les personnes), la droite n’a jamais vraiment brillé par ses luttes pour les libertés individuelles, il est incroyable de constater que la gauche ne semble plus se sentir concernée par ce combat qui devrait être le sien. Ses élus n'ont presque jamais su harmoniser leurs positions et n'ont été audibles sur quasiment aucun de ces sujets, préférant de ridicules batailles internes n'impressionnant plus personnes et lassant tout le monde. Convertis au culte du raisonnable et de la mollesse du consensus le plus creux, ils oublient du haut de leur tour que ces atteintes aux droits n'ont rien de « raisonnable » et touchent concrètement et quotidiennement leurs concitoyens. Chaque pas est un pas de trop sur lequel il sera difficile de revenir.
C’est cette « tour » qui est en partie responsable de leur démission du champ réel du politique. Si Ségolène Royal a su lancer une démarche utile en permettant de redonner la parole à chacun et en la prenant en considération, la plupart des élus ont peur de leur propre peuple, sont sans contact, parfois hautains, et parcourent d’autres sphères oubliant celle du vécu commun. Combien de temps leur faudra-t-il pour réaliser qu'on ne comprend pas ses concitoyens en ne parlant qu’avec d'autres élus, d'autres anciens membres de cabinet, ou des « experts » estampillés « grandes écoles » ?
Issu de l'ÉNA ou de l'usine, de l'ENS ou du certificat d'étude, de droit ou de médecine, le bon politique est toujours celui qui, sans mépris, n'oubliera pas pourquoi il est là. Qu'il ne s'agit pas de devenir un gestionnaire, mais qu'il s'agit d'accompagner un peuple. Qu'il ne s'agit pas de se transformer en chef d'entreprise, mais d'avoir le pouls du pays, de l'aimer, de le respecter et de vouloir le porter plus loin. Le ressenti est essentiel pour se lancer dans l’arène politique. Sinon, à quoi bon ? Pourquoi faire de la politique si on ne ressent pas le besoin ?
Aujourd'hui, la plupart de nos politiques et leurs premiers cercles ne se sentent pas vraiment concernés par une loi liberticide (sauf, on le notera, ceux qui en ont connu dans leur vie ou dans leur chair les effets dans des temps pas si lointains, et qui sont eux de tous les combats, de droite comme de gauche). Étonnamment conseillés, ils préfèrent alors suivre les courbes de sondages et constater unesoit-disant acceptation populaire, sans comprendre qu'il n'ya pas vraiment d'opinion puisque celle-ci se positionne sur le seul discours audible : celui démagogique du tout sécuritaire. La politique, c'est convaincre ses concitoyens sur des convictions. Si celles-ci sont laissées au placard, ce n'est plus de la politique mais de la communication.
Le « monde libre » dégringole mais les politiques ne semblent guère s'en soucier. Le peuple ne votera pas pour plus de liberté et de démocratie si on ne lui parle que de peur, de sûreté et de réformes soi-disant forcément synonymes de régressions. Au-delà de porter la critique sur les seuls sujets « faciles », les politiques soucieux de l'idéal républicain doivent donner un autre son de cloche que celui de la droite dure du chef de l'État. Un autre son basé sur nos convictions qui peuvent se traduire par notre devise nationale « liberté, d'égalité, fraternité ». Pour conclure, méditons deux phrases prononcées il y a deux cent ans : « Un homme qui ne lit jamais est plus cultivé qu'un homme qui ne lit que les journaux ». « Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l'une ni l'autre ». Thomas Jeffersonétait un sacré bonhomme, un vrai politique comme il n'en existe plus beaucoup.
Nicolas Cadène
1Entendons ici par « libéral » : aucun contrôle public sur toute action privée.
2On entend par « stable » sa situation de dépendance relative aux flux financiers et aux industries externes, à la différence des Etats-Unis, puissance particulièrement dépendante.
=> Lire l'article et participer au débat sur AgoraVox.
=> Le lire sur le site Yahoo ! Actualités.
18:00 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
07.03.2008
"La rupture, on va la faire, mais tranquillou"
Comme vous avez pu le constater, le blog ne se réactualise que très périodiquement... manque de temps oblige. Du coup, dorénavant, il sera en mis à jour que pour la rédaction d'article de fond et non pour des brèves sur un peu tous les sujets sociétaux.
Merci bien pour votre compréhension !
À plut'
Nicolas
(regardez ci-dessous ou ci-dessus, des fois qu'il y aurait un nouvel article !)
09:30 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
24.02.2008
Nouveau dérapage de Nicolas Sarkozy : "casse-toi pauvre con"
Cette vidéo a été diffusée sur le site du journal Le Parisien et reprise par le journal de France 3, des médias traditionnels donc.
À 06h00 du matin aujourd'hui, cette séquence de 45 secondes avait déjà été visionnées près de 100.000 fois sur le seul site du Parisien (elle est désormais diffusé partout sur le net).
Elle montre le chef de l'État, lors du salon de l'agriculture, serrant des mains quand un visiteur d'un certain âge et portant des lunettes lui a lancé alors que N. Sarkozy allait lui serrer la main de façon automatique : "Ah non, touche-moi pas".
- "Casse-toi, alors", a répondu N. Sarkozy.
- "Tu me salis", a enchaîné le visiteur du salon.
- "Casse-toi alors, pauvre con", a répliqué le président...
Interrogé samedi soir sur l'incident, l'Elysée s'est refusée à tout commentaire.
Au-delà de ce que cette vidéo montre sur le caractère du chef de l'État, il est à craindre que ce dernier dérapage de Nicolas Sarkozy serve de prétexte à des initiatives tendant à contrôler davantage le net et notamment les vidéos qui circulent librement...12:31 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
08.02.2008
La plainte de M. Sarkozy, la liberté de la presse en danger
Ces derniers jours, on pourrait avoir le sentiment que beaucoup ne comprennent pas très bien l'enjeux de "l'affaire du SMS Cécilia". Peut-être parce que le droit reste un monde "hermétique" à beaucoup d'entre-nous.
En réalité, le problème est assez simple et très concret : le président de la république est un intouchable. Juridiquement. Ce qui signifie qu'il peut "harceler" la presse devant les tribunaux, sans jamais être inquiété lui même...
Est-ce que là encore (après "l'affaire Dasquié"), un journaliste va être forcé à révéler ses sources ?
Notre président de la République attaque au pénal, ce qui, il faut le rappeler, implique des moyens et une procédure complétement disproportionnés.
Surtout, cela signifie très concrètement qu'un journaliste peut se retrouver en prison. Non, décidément, il semble que nous ne réalisions pas bien.
Jusqu'à aujourd'hui, aucun chef de l'État en France n'avait ainsi porté plainte, pour la simple et bonne raison qu'ils savaient le combat absurde, inégal et tout à fait excessif.
"Ainsi donc, après avoir attaqué une compagnie d’aviation qui utilisait, dans une blague de potache, l’image de son épouse sans en avoir préalablement acheté le droit, M. Sarkozy attaque aujourd’hui le journal Le Nouvel Observateur, qui a lancé mardi l’affaire du SMS à Cécilia, et qui par ailleurs est l’un des deux ou trois journaux d’opposition à M. Sarkozy.
Ce comportement est extrêmement inquiétant, et manifeste une fois de plus la tendance liberticide qui caractérise de plus en plus le régime.
Notons tout d’abord que ni François Mitterrand ni Jacques Chirac, qui pourtant n’ont pas été épargnés non plus par la presse, n’ont jamais agi de la sorte. La séparation des pouvoirs, qui est, on le sait depuis Montesquieu, le fondement même de la démocratie, s’appliquait selon eux également au quatrième pouvoir...
Il y a de bonnes raisons à cela.
Le président de la République, dans notre système, est irresponsable juridiquement dans l’exercice de ses fonctions. Il attaque et interdit donc la contre-attaque. Imaginons que le journaliste du Nouvel Obs fasse la preuve de la qualité de sa source d’information, il ne pourra pas faire de demande reconventionnelle ni attaquer le chef de l’Etat en abus de droit. Qu’est-ce que c’est que cette justice à un seul sens ?
Par ailleurs, M. Sarkozy choisit la procédure pénale. C’est-à-dire une attaque personnelle du journaliste, qui pourrait lui valoir une peine de prison, comme dans les pires régimes. Une attaque qui pourrait conduire les juges à le contraindre à révéler ses sources. Une attaque, surtout, qui va mobiliser un juge d’instruction, et qui va voir un procureur de la république plaider, au nom du peuple Français, pour réclamer la sanction du journaliste. Et qui a promis de recadrer et de responsabiliser les juges d’instruction pendant toute la campagne ? Qui donne des instructions au Procureur de la république ?
Après la scandaleuse affaire Guillaume Dasquié, qui a vu, dans l’indifférence générale, la France se comporter comme la première dictature venue, on assiste ici de nouveau à une manoeuvre d’intimidation sans précédent. Que le journaliste du Nouvel Observateur gagne ou perde son procès, ses collègues, c’est évident, se méfieront à deux fois avant de publier de nouvelles informations sur le chef de l’Etat. C’est pourtant lui qui a choisi de mettre en scène, avec quel brio, l’image fausse mais colorée de son bonheur conjugual.
Quant à la ministre des droits de l’homme, Rama Yade, croyez-vous qu’elle défende cette liberté de la presse qui est quand même l’un des socles des droits de l’homme ? Non, elle traite de "charognards" les journalistes qui critiquent son Prince président. Le Régime va à vau l’eau.
L’affaire est beaucoup, beaucoup plus grave qu’une histoire de fesses. Betapolitique appelle solennellement à la mobilisation la plus ferme de la presse, des journalistes et des citoyens contre cette menace directe à la liberté de presse est un impératif citoyen."
Nicolas CADÈNE
18:00 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.01.2008
Nicolas Sarkozy : une "racaille" à l’Elysée ?
POINT DE VUE PAR :
YASMINA ZIZI
(http://www.betapolitique.fr/Nicolas-Sarkozy-une-racaille-a-l-02573.html)
Il est petit. C’est déjà un signe. Nerveux. C’est un méchant, disent ceux qui le connaissent. Un méchant nerveux avec des tics de bouche, capable de péter les plombs n’importe quand et n’importe où. Et si t’es pas content ? Il t’emmerde.
Mytho ? Je crois que tous les Français commencent à s’en rendre compte. Cynique ? Il l’est assurément. Aucune classe ? Il n’y a qu’à le regarder pour s’en persuader, le pire c’est qu’il essaie d’en avoir. Frimeur ? Il dit tout le temps « moi je », « je suis celui qui… », « eh quoi, avant moi… », et en plus, il pense sincèrement que tous les autres sont nuls. Magouilleur ? C’est un arriviste arrivé. Du bagout ? C’est un baratineur né, élevé à la culture du mensonge, de la ruse, de la feinte et des « petits coups de pute ». Des amis ? Parlons plutôt d’entourage comme dirait Yasmina Reza. Autour de lui, que des loups qui rêvent de le tuer pour prendre sa place. Voleur ? En tout cas, c’est le roi des bons coups. En 2007, on n’aura certainement jamais vu un casse aussi méthodiquement préparé. D’ailleurs, c’est devenu un exemple pour toutes les petites frappes et tous les parrains d’organisation mafieuse. Chacun d’eux vous dira : ce mec franchement, respect ! Le cigare à la bouche, les costumes Boss, lunettes noires, le sourire qui énerve avec écrit en gros sur le front : et si t’es pas content ? Je t’emmerde.
Vous vous demandez de qui je parle ? Non, il ne s’agit pas de Bernard Tapie, parce que lui avait un peu de charisme, là je parle d’une racaille, de l’archétype de la racaille. Un petit qui s’est trompé de chemin. Comme ces nouveaux riches qui reviennent de loin, qui n’ont rien à voir avec le décor, que tout le monde trouve illégitimes et décalés mais auxquels personne n’ose le dire, parce que, maintenant, ils ont du pouvoir. Et si t’es pas content ? Il t’emmerde.
« Quoi qu’est-ce t’as ? », « c’est quoi ton problème, toi ? », « Pauvre couillons », « elle est belle ma Rolex, hein ? », « bande de connards », « vos articles de merde », « vas-y descends voir un peu ! ». Dans ces florilèges de citations off, qui entreront malheureusement dans l’Histoire, la dernière mérite quand même d’être remise en contexte. Notre Racaille Suprême a lancé cette invective à l’intention de Juju, un pêcheur du Guilvinec, qui un peu avant l’avait chaleureusement accueilli par des insultes. Et là, dans un courage digne d’un bon De Funès, entouré par cinquante garde du corps, il lui demande de descendre pour venir s’expliquer. Avant de se faire arrêter par les sbires de notre courageuse racaille, Juju lui avait crânement répliqué : « si je descends je te mets un coup de boule ». Petit bafouillage de la part de notre Scarface avant de passer son chemin. De quoi relativiser notre fascination pour le personnage. Au fait, vous vouliez de la grandeur, de la politique de civilisation, tenez ! Et si t’es pas content ? Il t’emmerde.
Le pire en écrivant ces lignes, c’est que j’ai l’impression de défendre le conformisme, les protocoles, les traditions, la bonne pensée unique et, en somme, d’être du côté des nouveaux réacs. En effet, est-ce vraiment à un jeune de s’indigner de tant de vulgarité dans notre vie politique ? Je ne crois pas. Nous voulions des dirigeants plus proches du peuple et nous avons de la politique bistrot. « A donf contre la glandouille », voilà ce qu’on nous répond lorsque l’on soulève le problème des banlieues. A part l’utilisation d’un verlan des années 70, ce qui me choque le plus, c’est encore une fois la stigmatisation des quartiers qu’on continue d’exploiter. Toutes les banlieues délabrées ne seraient donc remplies que de racailles qui glandouillent et, je me permets d’ajouter, qui sont fascinés par le Fouquet’s, les Yachts, les jets privés, les Rolex, les gardes du corps, le fric et les ex-mannequins trop belle pour eux.
Et si t’es pas content ? Je t’emmerde.
13:02 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
17.01.2008
Sarkozy-Bruni: "l'érection" présidentielle
Un éditorialiste colombien réalise un portrait du président français à l'acide.
Antonio Morales Riveira est choqué par la version du pouvoir présidentiel à la Sarkozy. Et il le dit haut et fort dans Terra Magazine (repris par Courrier International).
Erection
"Sur l'échiquier politique mondial, il ne semble pas y avoir de chef d'Etat plus satisfait de l'être, d'homme qui tire un meilleur parti de l'exposition médiatique qu'implique sa charge, de mâle plus exultant sur le trône de ses conquêtes."
"Nicolas Sarkozy s'amuse beaucoup et veut montrer à quel point le pouvoir le remplit d'énergie pour mieux désirer et être désiré, pour faire de son mandat une fête permanente, une ivresse de lui-même, une érection."
Rapide
"Sarkozy ne pouvait pas accepter son célibat, son échec, et comme dans tout ce qu'il fait (sauf, espérons pour lui, dans ses relations avec Carla Bruni), il fallait que ce soit rapide."
Ridicule
"En somme, après avoir appris que Sarkozy apprécie comme personne le bonheur et le plaisir que procure le pouvoir, nous venons de découvrir qu'il n'a aucun sens du ridicule. "
Voyages, voyages
"Les Français se demandent à bon droit ce que va leur coûter le voyage de Sarko en Egypte, avec ses vingt chambres louées dans un hôtel de luxe et ses avions de chasse escortant le jet présidentiel. Parce qu'à l'aller Sarkozy et Carla ont voyagé à bord d'un jet privé appartenant à Vincent Bolloré, l'homme d'affaires à la tête d'un institut de sondages [il détient 40 % de CSA] qui continue de placer Sarkozy au premier rang des personnalités préférées des Français. La première place : la seule qui vaille pour un homme qui s'agite comme une marionnette, avance comme un char d'assaut et aime certainement comme une machine à sous."
13:53 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Vu de l’étranger : les médias complices de Sarkozy
« La majorité de la presse est craintive, voire complice du président de la République, estime Lara Marlowe, correspondante de l’Irish Times, une semaine après la conférence de presse de Nicolas Sarkozy. Les questions de déontologie et d’éthique relatives aux fonctions du président sont systématiquement éludées ».
« Se promener dans l’avion de Vincent Bolloré n’est pas très avisé, juge Mark Hunter, journaliste d’investigation américain, maître de conférences à l’Institut Français de Presse (Université Paris II). Sarkozy dit qu’il ne cache rien, c’est vrai. Sauf le pourquoi de ses relations ! ». Katrin Bennold, correspondante de l’International Herald Tribune, estime qu’en France, les « questions gênantes » sont rarement posées.
« La question essentielle du conflit d’intérêt ne lui est jamais posée »
Lara Marlowe (Irish Times) « Avec la presse, Nicolas Sarkozy a la même attitude qu’avec les partenaires sociaux ou les responsables de sa propre majorité. Dans un premier temps, sa stratégie consiste à cajoler et séduire, mais lorsque ça ne marche pas, à jouer l’agressivité. On l’a vu lors de sa conférence de presse, lors qu’une journaliste de France 24 lui a souhaité une bonne année, il s’est fait complice, amical, mais il n’a pas supporté la question de Laurent Joffrin sur le monarque élu. Il a même rappelé les difficultés financières de Libération.... Poser de bonnes questions équivaut à se griller vis à vis des conseillers : c’est la façon dont les dirigeants français conçoivent les relations entre la presse et le pouvoir. Mais cette situation s’est aggravée par le pouvoir de Nicolas Sarkozy.
Les questions qui fâchent sont donc rares. Il a évité la question du pouvoir d’achat, et pas un journaliste n’est revenu dessus, contrairement à la tradition qui veut qu’on reprenne les questions restées sans réponse. Autre exemple. Avant son élection, il a dit vouloir une république irréprochable. On voit qu’il prend des vacances aux frais d’amis milliardaires. Il répond mais ce n’est pas aux contribuables de payer mes vacances. Il y a pourtant une troisième solution : c’est qu’il paye lui même ses vacances ! Cette question essentielle du conflit d’intérêt, personne ne lui a posé. Pour éviter de répondre, il s’est souvent comparé à ses prédécesseurs. Mais là encore, c’était purement dilatoire.
La majorité de la presse est très craintive. Complice. Les pôles de résistance sont rares. Les meilleurs amis de Nicolas Sarkozy sont à la tête des médias les plus influents (TF1, Europe 1, Paris Match, le JDD...), et ce réseau relationnel est durable parce qu’il résulte d’une longue construction. Son comportement avec les journalistes doit aussi être souligné. Il tutoie les journalistes. A la Garden party de Rachida Dati, j’ai entendu des collègues le tutoyer aussi. Si le président de la République n’impose pas la distance nécessaire, c’est le devoir des journalistes de le faire.
Dans la mesure où il est hyperactif, on est obligé de le suivre. On n’y échappe pas. Et je ne pense pas que la journée sans Sarkozy soit une solution... De même qu’on ne peut pas faire l’impasse sur sa vie privée. On l’a bien vu pendant la campagne électorale. Nous avions deux faux couples présidentiels. Les journalistes savaient que Ségolène Royal et François Hollande n’étaient plus ensemble, et que les retrouvailles de Nicolas Sarkozy et de sa femme étaient probablement factices. Ils ont donc joué la comédie... Est-ce que la presse a posé la question ? Non. On élude en permanence les vraies questions de déontologie et d’éthique. »
« Je ne vois aucun avantage politique à l’exposition de sa romance glamour »
Mark Hunter. « Les tactiques de Nicolas Sarkozy ne sont pas nouvelles. Avant lui, Jack Lang, par exemple, qui s’inspirait d’ailleurs de Ronald Reagan, avait compris qu’en se concentrant sur l’action, on détournait l’attention des résultats. Nicolas Sarkozy a l’avantage de l’action, et il contraint les autres, en particulier les médias, à suivre. La différence tient dans le raffinement, dans l’implication dans le détail manifestée par Sarkozy et dans la réaction permanente. Il est intéressant de constater qu’il réagit aussi aux médias, en portant son attention sur ce qu’ils désignent comme important. En quelque sorte, il prend les médias à leur propre piège. Il lui reste à espérer que des résultats viennent. L’affaire Clearstream lui a permis de se présenter à l’élection présidentielle comme un outsider, voire un opposant, alors même qu’il partageait la responsabilité gouvernementale. Si la situation de l’économie, et tout particulièrement celle des banlieues continuent de se dégrader, on voit mal comment il pourrait échapper à ce bilan là. Alors qu’il annonce que les caisses sont vides, que le temps des largesses gouvernementales n’est plus de saison, on apprend qu’il a augmenté son salaire et le Parlement ne veut pas rendre ses propres privilèges. Je ne vois aucun avantage politique au spectacle de sa romance glamour, trois mois après un divorce caché, qui a suivi la remise en scène de sa vie de famille pour des raisons électorales. Se promener dans l’avion de Vincent Bolloré, dont on connait les intérêts dans les médias, n’est pas plus avisé. Sarkozy dit : je ne cache rien. C’est vrai, sauf le pourquoi de ses relations ! On peut donc se demander quel est le sens et l’utilité de cette exposition médiatique. Nicolas Sarkozy risque fort de donner l’impression de s’occuper de son propre bonheur avant celui des gens de ce pays. A tort ou à raison, c’est d’ailleurs la conclusion que pas mal de gens semblent avoir déjà tiré. »
Mark Hunter est l’auteur de nombreux ouvrages d’enquête et d’un Que sais-je sur le journalisme d’investigation (PUF, 1997).
« Les questions gênantes n’ont pas été posées »
Katrin Bennold (International Herald Tribune). « Nicolas Sarkozy avait annoncé une rupture dans le style de l’exercice présidentiel. Et cette conférence de presse rompt avec le style de la monarchie présidentielle précédente, malgré le contexte d’hyper-présidence. Les journalistes n’auraient certainement pas posé les questions aussi personnelles à ses prédécesseurs… Dans le même temps, les questions n’ont pas été très difficiles sur l’agenda des réformes, qui est au cœur des interrogations. En France, il est rare que les questions gênantes soient librement posées à des conférences de presse. En Angleterre, la tradition inverse existe : celle de poser des questions difficiles tout le temps. C’est une dynamique très saine. Et les hommes politiques sont obligés de s’y soumettre. »
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Vu de l’étranger : les médias complices de Sarkozy
« La majorité de la presse est craintive, voire complice du président de la République, estime Lara Marlowe, correspondante de l’Irish Times, une semaine après la conférence de presse de Nicolas Sarkozy. Les questions de déontologie et d’éthique relatives aux fonctions du président sont systématiquement éludées ».
« Se promener dans l’avion de Vincent Bolloré n’est pas très avisé, juge Mark Hunter, journaliste d’investigation américain, maître de conférences à l’Institut Français de Presse (Université Paris II). Sarkozy dit qu’il ne cache rien, c’est vrai. Sauf le pourquoi de ses relations ! ». Katrin Bennold, correspondante de l’International Herald Tribune, estime qu’en France, les « questions gênantes » sont rarement posées.
« La question essentielle du conflit d’intérêt ne lui est jamais posée »
Lara Marlowe (Irish Times) « Avec la presse, Nicolas Sarkozy a la même attitude qu’avec les partenaires sociaux ou les responsables de sa propre majorité. Dans un premier temps, sa stratégie consiste à cajoler et séduire, mais lorsque ça ne marche pas, à jouer l’agressivité. On l’a vu lors de sa conférence de presse, lors qu’une journaliste de France 24 lui a souhaité une bonne année, il s’est fait complice, amical, mais il n’a pas supporté la question de Laurent Joffrin sur le monarque élu. Il a même rappelé les difficultés financières de Libération.... Poser de bonnes questions équivaut à se griller vis à vis des conseillers : c’est la façon dont les dirigeants français conçoivent les relations entre la presse et le pouvoir. Mais cette situation s’est aggravée par le pouvoir de Nicolas Sarkozy.
Les questions qui fâchent sont donc rares. Il a évité la question du pouvoir d’achat, et pas un journaliste n’est revenu dessus, contrairement à la tradition qui veut qu’on reprenne les questions restées sans réponse. Autre exemple. Avant son élection, il a dit vouloir une république irréprochable. On voit qu’il prend des vacances aux frais d’amis milliardaires. Il répond mais ce n’est pas aux contribuables de payer mes vacances. Il y a pourtant une troisième solution : c’est qu’il paye lui même ses vacances ! Cette question essentielle du conflit d’intérêt, personne ne lui a posé. Pour éviter de répondre, il s’est souvent comparé à ses prédécesseurs. Mais là encore, c’était purement dilatoire.
La majorité de la presse est très craintive. Complice. Les pôles de résistance sont rares. Les meilleurs amis de Nicolas Sarkozy sont à la tête des médias les plus influents (TF1, Europe 1, Paris Match, le JDD...), et ce réseau relationnel est durable parce qu’il résulte d’une longue construction. Son comportement avec les journalistes doit aussi être souligné. Il tutoie les journalistes. A la Garden party de Rachida Dati, j’ai entendu des collègues le tutoyer aussi. Si le président de la République n’impose pas la distance nécessaire, c’est le devoir des journalistes de le faire.
Dans la mesure où il est hyperactif, on est obligé de le suivre. On n’y échappe pas. Et je ne pense pas que la journée sans Sarkozy soit une solution... De même qu’on ne peut pas faire l’impasse sur sa vie privée. On l’a bien vu pendant la campagne électorale. Nous avions deux faux couples présidentiels. Les journalistes savaient que Ségolène Royal et François Hollande n’étaient plus ensemble, et que les retrouvailles de Nicolas Sarkozy et de sa femme étaient probablement factices. Ils ont donc joué la comédie... Est-ce que la presse a posé la question ? Non. On élude en permanence les vraies questions de déontologie et d’éthique. »
« Je ne vois aucun avantage politique à l’exposition de sa romance glamour »
Mark Hunter. « Les tactiques de Nicolas Sarkozy ne sont pas nouvelles. Avant lui, Jack Lang, par exemple, qui s’inspirait d’ailleurs de Ronald Reagan, avait compris qu’en se concentrant sur l’action, on détournait l’attention des résultats. Nicolas Sarkozy a l’avantage de l’action, et il contraint les autres, en particulier les médias, à suivre. La différence tient dans le raffinement, dans l’implication dans le détail manifestée par Sarkozy et dans la réaction permanente. Il est intéressant de constater qu’il réagit aussi aux médias, en portant son attention sur ce qu’ils désignent comme important. En quelque sorte, il prend les médias à leur propre piège. Il lui reste à espérer que des résultats viennent. L’affaire Clearstream lui a permis de se présenter à l’élection présidentielle comme un outsider, voire un opposant, alors même qu’il partageait la responsabilité gouvernementale. Si la situation de l’économie, et tout particulièrement celle des banlieues continuent de se dégrader, on voit mal comment il pourrait échapper à ce bilan là. Alors qu’il annonce que les caisses sont vides, que le temps des largesses gouvernementales n’est plus de saison, on apprend qu’il a augmenté son salaire et le Parlement ne veut pas rendre ses propres privilèges. Je ne vois aucun avantage politique au spectacle de sa romance glamour, trois mois après un divorce caché, qui a suivi la remise en scène de sa vie de famille pour des raisons électorales. Se promener dans l’avion de Vincent Bolloré, dont on connait les intérêts dans les médias, n’est pas plus avisé. Sarkozy dit : je ne cache rien. C’est vrai, sauf le pourquoi de ses relations ! On peut donc se demander quel est le sens et l’utilité de cette exposition médiatique. Nicolas Sarkozy risque fort de donner l’impression de s’occuper de son propre bonheur avant celui des gens de ce pays. A tort ou à raison, c’est d’ailleurs la conclusion que pas mal de gens semblent avoir déjà tiré. »
Mark Hunter est l’auteur de nombreux ouvrages d’enquête et d’un Que sais-je sur le journalisme d’investigation (PUF, 1997).
« Les questions gênantes n’ont pas été posées »
Katrin Bennold (International Herald Tribune). « Nicolas Sarkozy avait annoncé une rupture dans le style de l’exercice présidentiel. Et cette conférence de presse rompt avec le style de la monarchie présidentielle précédente, malgré le contexte d’hyper-présidence. Les journalistes n’auraient certainement pas posé les questions aussi personnelles à ses prédécesseurs… Dans le même temps, les questions n’ont pas été très difficiles sur l’agenda des réformes, qui est au cœur des interrogations. En France, il est rare que les questions gênantes soient librement posées à des conférences de presse. En Angleterre, la tradition inverse existe : celle de poser des questions difficiles tout le temps. C’est une dynamique très saine. Et les hommes politiques sont obligés de s’y soumettre. »
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15.01.2008
Traité UE : pas de débat au Bureau national du PS
(AFP) - La position du PS sur le processus de ratification du Traité de Lisbonne (abstention sur la révision constitutionnelle, oui au Traité) n'a pas été contestée à la réunion du Bureau national (BN) mardi soir, a rapporté un porte-parole Stéphane Le Foll.
Selon le directeur de cabinet du premier secrétaire François Hollande, "le BN a acté la position des groupes à l'Assemblée nationale et au Sénat: députés et sénateurs iront au Congrès de Versailles et s'abstiendront sur la révision préalable à la ratification. Dans leur assemblée respective, ils voteront le traité" lors de la ratification proprement dite.
"Personne ne s'y est opposé", a-t-il dit, la question ayant été tranchée par les députés et sénateurs PS un peu plus tôt. "Le débat s'est déroulée dans la sérénité et avec la volonté de tourner la page", a ajouté M. Le Foll.
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